Paris brûle-t-il pour la flamme olympique

Dévoilé mercredi, l'itinéraire de la flamme, lundi à Paris, pourrait se transformer en parcours du combattant.

La flamme olympique était mercredi au Kazakhstan, première escale d'un relais de 137 000 kilomètres dans dix-neuf pays. Elle est attendue jeudi à Istanbul, samedi à Saint-Pétersbourg, dimanche à Londres, et enfin lundi à Paris, dernière étape européenne avant de s'envoler vers les États-Unis.

Une flamme pour laquelle notre capitale brûlait de désir à l'horizon 2012 mauvaise pioche mais qui aujourd'hui brûle les doigts des politiques comme du Comité national olympique et sportif français (CNOSF).

À 127 jours des Jeux de Pékin, le problème tibétain et, plus largement, celui des droits de l'homme forcèrent ainsi le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et le président du CNOSF, Henri Sérandour, à un exercice compliqué, mercredi midi, à l'heure de présenter le parcours parisien de la flamme dans les salons de l'Hôtel de ville.

«Accueillir la flamme, c'est défendre les convictions de Paris, les valeurs du sport, de l'olympisme, de l'humanité, et les droits de l'homme», a expliqué Bertrand Delanoë dans un grand écart délicat, avant de saluer «tous les peuples qui ont le même droit à la dignité, je pense notamment au peuple tibétain».

Et le premier magistrat parisien d'annoncer qu'une banderole avec le message «Paris défend les droits de l'homme partout dans le monde» serait affichée sur la façade de sa mairie.

Pour sa part, Henri Sérandour, mal à l'aise dans sa définition des valeurs de l'olympisme appliquées au cas chinois, en est rapidement venu à son essentiel : «J'espère que l'intégrité morale et physique des athlètes portant la flamme sera respectée tout au long du parcours.»

Un vœu qui ne sera pas exaucé. En effet, la référence au Tibet devrait être omniprésente, lundi tout au long des 28 kilomètres du parcours. «Nous avons demandé des engagements au CNOSF et à la Ville pour que les choses se fassent en bonne intelligence», regrette Robert Ménard, le président de Reporters sans frontières (RSF), qui a interpellé Bertrand Delanoë et Henri Sérandour dont il a jugé les discours «inacceptables».

Cinq anneaux remplacés par des menottes

Et d'indiquer : «La mairie n'a pas le courage de s'opposer au CNOSF, ni le CNOSF au CIO alors que les pressions de l'ambassade de Chine sont constantes. Nous mènerons des actions lundi, nous ne serons pas les seuls, et s'il y a des incidents, vous en porterez l'entière responsabilité.»

Reporters sans frontières avait demandé que le porteur de la flamme soit accompagné d'un coureur portant un tee-shirt sur lequel les cinq anneaux sont remplacés par des menottes.

Interrogé mercredi après-midi, le secrétaire d'État chargé des Sports, Bernard Laporte, a déclaré : «Il y aura certainement des manifestations, les gens ont le droit de s'exprimer tant qu'il n'y a pas de violence. Mais à quoi ça servirait que nous ne respections pas la flamme ?»

De leur côté, les athlètes français, via leur commission au CNOSF présidée par David Douillet, ont décidé d'arborer lundi un badge qu'ils présenteront demain, et qui par la suite «pourrait bien être porté par les athlètes du monde entier», selon le perchiste Romain Mesnil.

La charte olympique prohibant toutefois toute «sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale», voilà les sportifs tricolores sous la pression implicite du CNOSF.

«La délégation française ne peut pas être la seule à se manifester à Pékin lors de la cérémonie d'ouverture, a ainsi indiqué Henri Sérandour. Nous allons en parler avec les autres pays membres du CIO, et, si la décision est prise de ne porter aucun signe, je la ferai respecter par nos athlètes.»

Lesquels auront compris que le CIO, via ses comités nationaux, fait apparemment tout pour baliser, encadrer, maîtriser leur liberté d'expression, au nom d'une charte qu'ils risquent d'être les seuls à finalement respecter en août à Pékin.


Source le figaro


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